L'autre vie de Jean Sébastien

28 avril 2012

"Eviter les péages"

Je reprends ma route, l'air est agréable ce matin, je peux sentir les premiers rayons du soleil sur le haut de mon crâne. J'espère franchir le cap très prochainement. A force de me taire à longueur de temps, j'ai pris beaucoup de retard. Il va falloir forcer l'allure et ne plus s'entremêler les maux aux mots. Oublier et aller de l'avant.

 

Quand je vois mon cercle familial éclater de partout façon puzzle, j'ai comme un goût de yaourt périmé au fond la gorge. Je pourrais soulever mes trippes et faire glisser sur le sol toute ma colère. Je ne veux pas suivre les manquements de ma mère ni les tourments de mon père. Je veux devenir ma propre personne mais les bleus qu'ils m'ont laissé sont tenaces, j'ai peine à les effacer. Leurs dérives de parents m'ont touché, plus que j'aurais pu croire. Etre père m'a ouvert les yeux et j'ai pu m’apercevoir que mes cicatrices ne s'étaient toujours pas refermées depuis ces années. Alors bien sûr avec la naissance des enfants, nous nous sommes rapprochés, nous croisons nos sourires de temps en temps, une façon de jouer à la belle famille aimante et joyeuse. Tout ceci n'est qu'un leurre, une volonté collective de tenter d'effacer notre passé. Et tous ces instants où je suis resté seul, cloitré dans ma chambre à regarder tourner mon 45 tours pendant que dans la pièce d'à côté on chantait des injures, on criait sa déprime. Ne plus reconnaitre les rires des larmes, ne faire que subir en se bouchant les oreilles… Ils ont brisé mes rêves d'enfant et ils ne le savent toujours pas aujourd'hui. Je ne sais pas si j’aurais la force de leur dire tout ce que j’ai sur le cœur car ils ne m’ont pas appris à la faire. Après la pluie vient le beau temps ne dit-on pas ? Mon parapluie n’est jamais loin…

 

Le constat est rude, lucide, froid. Et je continue de me reconstruire, pièce par pièce, doucement. La structure n'est pas encore solide, la colle doit faire son œuvre, ça prend du temps. Je sais que je pourrais toujours compter sur mes Princesses ainsi que sur mes fidèles équipiers (je sais qu'ils se reconnaitront) pour m’ouvrir la voie.

 

Je reprends donc ma route, là où je l'ai laissé. Il fait chaud à présent, je me sens bien du moins j'essaie...

 

 

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28 août 2011

"Um dia no Algarve"

Um dia no Algarve

 

La nuit retient son souffle, et moi le tien.

Briseur de rêves, à l’orée des ébats éparpillés

Entre les fleurs du mal et autres histoires d’un soir,

Je me bats à conjurer le sort, tout ou rien.

 

Tandis que filent les sables mouvants, tic tac,

Je vois la route devenir comme un soupirail à l’envers,

Où je ne peux t’atteindre, où je ne peux rien faire.

Je regarde derrière moi et il n’y a déjà plus un chat.

 

Farandoles espagnoles, calypsos argentins,

Je m’essaie à la transe pour mieux te séduire.

Le ciel m’écoute mais pleure de rire, le vilain.

Mais qui ne tente rien, n’aspire qu’à n’être que celui

Qui bercera les mesures en mesures, seul à seul.

 

J’ai hâte de croiser tes jambes, tes genoux sous les cailloux

De Paris où d’ailleurs, que tu parcours à tue tête, l’air de

Ne pas y penser. Moi je sursaute, je m’active mais tu cours trop vite.

Amoureux jusqu’aux armes, je me rends compte que tu es loin.

 

Je sais pourtant que la magie opérera, que je saurai te conduire,

Toi ma belle, mon unique reflet aux courbes cassantes comme

Les décors ce cette Algarve sauvage et merveilleuse.

Je deviendrai le choix de ta voix, ton alter ego, ton souffle.

 

Jean Sébastien

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07 août 2011

"La vie en rouge"

 

Une belle table, un air de rien, juste un léger souffle d'air qui traverse mes cils. Quelqu'un frappe à la porte tandis que le téléphone résonne dans tout l'appartement ; là où l'on m'attend, je ne rattraperai pas les gracieuses parodies.

Le vin glisse, virevolte, m'enivre de part en part jusqu'à épuisement. Sans doute, connaissez vous ce sentiment quand vous n'avez envie de rien, seulement d'être en parfaite harmonie avec vous même, à écouter les sons de votre cœur à corps défendant. Paraitre pour une fois tel que vous êtes réellement, nu de tous rajouts en couronnes de leurre, au plus profond de vos sens assoupis. Enfin, vous pouvez sentir la brise, magnifique et magique. Les pieds en éventail, je reprend une gorgée de ce sublime millésime à l'abri des histoires du soir.

Je m'imagine en vieillard affaibli, à la barbe blanche zénith, tel le Grand Blond aux pieds de ses vignes audoises, à déguster ce raisin rouge ivoire, sudiste plus que tout, les boucles en terre, de pierre, riche armature sans tracas ni doutes. Chaque verre me propulse un peu plus près des fanfares de la nuit où le batteur serait Cobam qui frapperait les plus beaux frisés du monde. L'alcool est bon, un magnifique outil pour voyager à travers les sentiments. Avec lui on peut être qui on veut : un adolescent ténébreux n'ayant pas peur de la mort, un amoureux transit qui dégainerait plus vite que Cyrano où encore un chanteur de salle de bains envoutant le Madison Square Garden.

La table est belle, j'espère que personne ne viendra la salir. Je débouche une bouteille en me délectant de cet intime moment de pur bonheur. Je saute pieds joints dans la lune, le regard tourné vers nulle part, à emprunter la nuit, de trottoirs en bars. Il n'y a plus personne derrière la porte et le téléphone à cessé de pleurer, enfin.

Encore un verre, bonsoir.

Jean Sébastien

 

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27 juillet 2011

"Je reprends la route"

S’il y a eu ce long silence, ces longues heures sans que rien ne se passe, c’est parce qu’un évènement est venu bousculer les pages du temps. A cause de lui, Jean Sébastien a laissé filer le train, il m’a attendu, sans un mot, comme un vieil ami qui me connaît par cœur. Je l’ai mis de côté et jamais il n’a bronché, sa patience est sans limites mais il sait que je l’ai pas abandonné, je l’ai laissé flâner seul à travers les dédales de mon être intérieur. Alors il a visité mes rêves, a couru le long de mes souvenirs, a surfé dans mes délires. Je l’ai laissé faire, je l’ai laissé tranquille, mon esprit était ailleurs. A présent je me dois d’aller le voir et de poursuivre avec lui ses aventures…

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31 mai 2011

"La Guerre des Boutons"

On a tous eu un jour, l’intime espoir d’approcher la plus belle fille du lycée. Celle qu’on pensait inabordable car trop jolie, trop intelligente, trop tout pour nous ; nous, pauvres adolescents à l’inexpérience amoureuse dramatique dissimulée sous notre armure de jeune male à l'assurance bien odorante. On se disait qu’on était différent et que le seul fait de le penser suffirait à la faire succomber sans la moindre complication. Cheveux en pagaille, tempes boutonneuses, l’œil à moitié ouvert, nous étions les plus beaux garçons du bahut. Désormais, il ne restait plus qu’à concocter un plan d’attaque des plus subtiles.

 

Ma cible prioritaire s’appelait Magalie, elle était mon idéal, ma moitié rêvée. Ses yeux noirs en amande, sa longue chevelure brune, son air mystérieux, tout me plaisait chez elle et chaque nuit elle m'observait dormir courant nue à travers les nuages jusqu'à l'aurore... D'ailleurs mes draps s'en souviennent encore...

Nous nous retrouvions chaque matin, à la même heure, à l’arrêt de bus de la mairie, ligne 308. Je crois que je n’ai jamais osé croiser son regard, mes yeux ne faisaient qu’admirer ses chaussures américaines et son pantalon pattes d'eph', je la trouvais parfaite.

En cours il n’y avait pas une minute où je ne pensais pas à elle, entre deux théorèmes trigonométriques, je m’imaginais m’embrassant fougueusement au centre de la cour de récréation devant tous mes potes fous de jalousie et devant tous ses prétendants au physique facile. Mais une interro surprise ma ramenait vite à la réalité, un zéro m'attendait... Bien sûr...

Après c’est pendant le cours d’espagnol que je la voyais : robe en satin noir moulant ses courbes affolantes, le chignon en guise de couronne telle une princesse hispanique, reine du flamenco, me dévisageant de son regard de panthère. Elle n’avait d’yeux que pour moi, j’étais le conquistador de son cœur, caramba ! Caramba !

Et l'année scolaire passait, trimestre après trimestre, sans que je ne fasse quelque chose pour l'aborder. Mon plan d'attaque était au point mort. Il fallait pourtant que j'agisse avant qu'un soldat de l'autre camp ne fasse mouche.

Puis un matin de mai, tout bascula. La guerre avait vraiment commencé...

 

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08 mai 2011

"Il y a toujours de la musique dans l'air"

Enfin la pluie a cessé et mon cœur est maintenant rempli de douces pensées, débordant comme au premier jour. Il y a parfois des évènements qui vous prennent à contre-pied, au moment où vous êtes persuadé que rien ne changera, l’autre côté du miroir vous apparaît alors, simplement sans une seule trace de doute et d’étonnement.

J’ai passé la nuit à tenter de comprendre pourquoi je m’étais perdu toutes ces années. Force est de constater que mes erreurs de jugements furent nombreuses tandis que je regardais ailleurs de peur de voir l’insolente vérité me sauter au visage. Comme la vie peut paraître belle tout d’un coup. L’espoir est en marche et je veux l’accompagner jusqu’au bout de la route. Lorsque j’ai quitté mon ancienne existence, je n’étais plus rien, comme vidé par toutes ces années d’errances narcoleptiques ; la vision du sous moi était ma ligne de conduite. Aujourd’hui je peux enfin me laisser bercer par les lentes symphonies des chants des anciens, à la lisière des sentiers battus, j’aspire à la tranquillité, sans chichis ni tracas. L’homme est animal compliqué j’en conviens, sans doute y aura-t-il turbulences et trous d’air mais il n’existe pas d’obstacles infranchissables.

Je me prépare à aller bien, prêt à jouir de plaisirs inconnus, à nager parmi les sabres d’argent.

 

 

 

« Il y a toujours de la musique dans l’air… » Dale Cooper, T.P. 1990

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07 avril 2011

"Petite question"

Et après ?

Est ce une fin ou bien le commencement de quelque chose ? Savoir sa leçon et la réciter par cœur requiert un talent ordinaire mais il est bien plus difficile de concéder sur le tas les tâches qu'il nous reste à accomplir. Je me souviens d'une époque pas si lointaine que ça, où tout paraissait si simple qu'on n'avait qu'à soulever la tête pour admirer la beauté qui nous entourait. Comme Alice aux Pays des Merveilles, se laisser aller aux grés des rencontres et du vent, aller où la brise nous mène entre naïveté hasardeuse et envie paresseuse. La liberté, la vraie. Comme ces soirées où l'on passait son temps à ne plus se souvenir de la moindre seconde à la force de doses enivrées ; c'est fou ce que l'on peut faire avec 3g dans le sang... Décollage immédiat... C'est peut être ça, cette fameuse idée du bonheur : dévorer les heures et tout de suite les oublier. Se souvenir des belles choses est souvent un traumatisme ; car comment ressentir exactement les mêmes émotions passées ? C'est impossible. Rechercher le bonheur c'est comme essayer de dormir sans fermer les yeux. Il faut l'attraper sans qu'il nous voit, le dévorer à pleine dent, se nourrir de lui et ne pas regarder derrière.

Et après ? Pourquoi continuer ?    

 

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13 février 2011

"Message in the bottle"

12h34. Rue des Ursulines

 

"Ma chère et tendre. Avec tout ce qu’il s’est passé depuis cette journée, je n’ai pas eu le temps de te le dire. Il n’existe pas de routes où je ne me suis jamais perdu, il n’existe pas de silences que je n’ai jamais brisés. Je profite de cette accalmie tremblante pour t’écrire ces quelques mots. J’ai trop souvent loupé le dernier virage à force de prendre de la vitesse, à qui perd gagne et je n’ai pas souvent franchi la ligne en tête. Je rempli ce bout de papier chiffonné car je ne veux pas laisser passer cette chance qui s’offre à moi ; et la plus belle des chances c’est toi. Bien sûr, je n’ai pas encore arpenté les milliers d’étapes que la vie me concocte mais je sais déjà que je veux les découvrir avec toi. Tu es celle que je rêvais dans mes nuits solitaires, celle qui veillait déjà sur moi sans que je fasse attention à toi. Je me souviens de ce fameux réveillon où tout a commencer, sous les feux d’artifices et les cotillons multicolores, la fête était belle et mon bonheur immense.

Que te dire d’autre que ces trois mots d’amour ? Que te raconter dans le creux de l’oreiller ? Que te souffler dans ton cœur apprivoisé ? Que te dire d’autre que tu es ma muse et moi poète… de pacotille… J’aurais sans doute dû te le dire plus tôt mais tu connais la frilosité de mon langage, même le mime Marceau en dit plus que moi… Je suis plus à l’aise, stylo en main, c’est déjà ça… Je n’ai plus de place, juste assez pour te dire que… … je t’aime."

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01 février 2011

"3 sets à 0"

Enfin, il est temps de me poser, enfin. D’aller aussi vite qu’auparavant, ça m’est impossible, juste prendre le temps d’une pause, un instant, une seconde. Il est bon parfois, de se remémorer les choses sans chichis, sans blablas, de regarder en face l’implacable vérité du chemin parcouru. Toute une courte vie qui peut, en mille et unes pensées, en paraitre une éternité. J’aime me perdre dans mes souvenirs d’enfant, à me battre contre les Maitres de l’Univers et vaincre le terrible Squeletor ! A me prendre pour Edberg et vaincre tous les terrains du monde entier par mes envolées volleyées. Qu’est-ce que j’ai aimé mes années tennis… Je peux me souvenir de tout, l’atmosphère feutrée des clubhouses de la région parisienne, des longs échanges trempés de sueur sous le regard incisif de notre entraineur qui, pour nous sanctionner, si nous respections pas son travail, nous faisait faire des sauts de kangourous ou des sauts à la corde, et des sauts à la corde quand vous avez seize ans et que vous avez les hormones machistes qui vous titillent, c’est assez difficile à accepter…

Je peux me souvenir de ces tournois au bout de la Seine et Marne, ma mère me servant de chauffeur attitré. A l’époque de nombreux clubs souffraient d’un manque certain d’infrastructures accueillantes. Nous jouions parfois en plein hiver sous des hangars non chauffés tandis que ma mère patientait en grelottant dans un préfabriqué patibulaire, La Sibérie nous voilà ! A l’époque nous nous prenions pour Agassi, Edberg ou Becker. Nous allions à acheter leurs raquettes même si celles-ci ne convenaient pas à notre morphologie d’adolescent, qu’importe ! Nous étions Agassi ! Je me rappelle aussi Roland Garros… La Mecque pour tout joueur de club made in FFT ! Combien d’heures ai-je pu rester devant ma télé à écumer les coups droits de Lendl et les glissades de Wilander ?... Mais Roland Garros rimaient toujours avec école, collège, lycée et baccalauréat… Les meilleurs matches tombaient à chaque fois avec un contrôle, une interro ou un examen ultra important. Terrible. Tandis que je devais me soucier de fractionner des racines cubiques en vecteurs factorielles, j’étais totalement impliquer dans le quart de finale opposant mon héros Stefan Edberg au fougueux taureau argentin et roi de la terre battue, Alberto Mancini. Le second partait largement favori car il venait de battre André Agassi en finale du tournoi de Rome il y a à peine deux semaines. Il ne me restait plus que 20 minutes pour réaliser quatre problèmes mathématiques mais, Porte d’Auteuil, Edberg menait à la surprise générale deux manches à rien ! Incroyable ! Comment le savais-je ? Eh bien facile, lors du dernier tournoi interne de mon club et après avoir battu, en plus de deux heures, mon meilleur ami V. en finale ; j’avais reçu comme lot une mini radio portable. Grâce à elle et à l’écouteur que j’avais astucieusement caché dans ma manche droite, je pouvais en toute discrétion suivre l’évolution des scores sur France Info et ce à tous moments de la journée, en cours ou en salle d’examen y compris… bien sûr ! Edberg l’avait emporté en trois sets et j’avais obtenu la note de 3 sur 20… Mais l’important était qu’Edberg était qualifié pour les demies finales.

A cette époque le tennis était bien plus important que tout le reste. Aujourd’hui encore, rien n’a beaucoup changé. C’était aussi et surtout le temps d’une jeunesse dorée d’un petit européen gâté par la vie. J’essaie tous les jours de me rappeler la chance que j’ai eue de naitre au bon endroit au bon moment. Ma vie a été jusque là facile, malgré quelques routes barrées et il est important que je le sache. Faire du tennis, aller en vacances à la mer, partager des bonnes bouteilles entre amis… Tout ceci n’est pas permis à chacun. Je suis un chanceux parmi les chanceux… Ahhhhh j’ai raté mon coup droit !!!!!!!

Ca y est, je suis déprimé…

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20 janvier 2011

"Sprint"

Je marche depuis ce matin et il est déjà temps de faire le point. J’ai pris le temps d’ouvrir les yeux, heureux de me retrouver ici, à ne plus savoir que faire de mes pas. Je flâne à travers ce Paris qui m’était incompris comme une fourmi qui découvrirait un nouvel abri à exploiter. J’aime me perdre à oublier qui je suis et où vont les choses, un promeneur solitaire qui erre sur terre, chronique d’un homme ordinaire. Et le vent souffle à tue tête, j’en perds ma mémoire, il fait doux et humide, je me croirai presque à Singapour made in Singapour quand la chaleur se met à jaillir de mille feux pendant une heure entière. Dans me tête Patrick Watson s’écorche sur ses gammes en noir et blanc. Tout se mélange, tout s’accélère encore et encore, je me mets à courir à travers les réverbères et les passants. Personne ne peut m’atteindre, ni les lacets entremêlés de mes chaussures ni les regards interloqués des autochtones. Je me fous des voitures, des couloirs de bus, des vélibs chancelants sur leurs roues, je vais de plus en plus vite, Watson m’accompagne dans ma course folle, je veux crier plus fort que les Castafiores briseuses de verre, je sens tout mon corps en osmose totale avec mes convictions enfouies tout au plus profond de moi, comme si je renaissais et la sueur est mon sang. Je peux éviter tous les obstacles, je vais plus vite que Carl Lewis sous acide, je suis le promeneur le plus rapide du monde, je ne sens plus ma respiration, elle a manqué de souffle depuis bien longtemps, enfin je n’ai plus peur, j’oublie mon nom, ma famille, je ne fais plus qu’un avec le vent, il me porte au delà de mes forces, je m’élève par dessus les toits du boulevard Montparnasse, des larmes coulent sur mes joues en nage, je deviens un autre, celui dont j’ai toujours rêvé, tout n’a plus d’importance, le monde peut continuer à tourner sans moi. Je fends les nuages, je m’amuse avec les pigeons voyageurs, je deviens l’un des leurs, je suis l’homme oiseau, enfin je disparais…

B.O : Patrick Watson "Luscious life"

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